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Yannick Noah

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En 1981, une cinquantaine de personnalités lançaient un appel en faveur de la dépénalisation du cannabis. Nous avons contacté toutes ces personnes. Beaucoup nous ont répondu qu'elles avaient changé d'avis, qu'elle ne fumaient plus et, de toutes façon, qu'elles ne voulaient pas témoigner. Seul Yannick Noah a accepté de parler et d'expliquer une déclaration qu'il avait faite à la presse il y a quelques années.

Mireille Dumas: Yannick, en 1981, vous aviez déclaré dans un journal que vous fumiez du H, du cannabis, et ça avait été, à la suite de ça, un tollé général. Vous avez eu vraiment des ennuis?

Yannick Noah: Ça avait fait du bruit, parce que j'étais un sportif,qui devait être normalement quelqu'un avec une vie saine. Et puis de temps en temps, je fumais. On en parlait avec les copains. Fumer c'était quelque chose de tout à fait naturel et normal. C'était bien. Quand j'en ai parlé, c'était pour parler de choses bien, pour partager de belles expériences, tout en sachant que j'étais pas le seul. Et puis, du jour au lendemain, quand c'est sorti, j'étais en première page des journaux: gros scandale. J'ai parlé: un sportif qui fume... Un truc impossible, quoi. Dramatique, scandaleux. Je me suis dit: bon, de toutes façons, je suis pas le seul... Puis quand je me suis retourné, j'étais tout seul, parce que tout d'un coup, donc, personne touchait à rien, fallait surtout pas parler de ça...

Vous voulez dire que les gens sont hypocrites ?

Complètement, oui. Les gens ont peur d'en parler. Parler de "fumer". Comme si c'était un problème de "fumer". C'est la réaction qui m'a vraiment choqué. Tout à coup, il y a eu une espèce d'agressivité par rapport à ça: "On parle pas de ça! On parle pas de ça aux enfants! Vous imaginez, les jeunes ? Il faut pas parler de ça!" Et sur le coup, je me suis rétracté. J'ai eu peur ce cette immense pression, tous ces gens qui m'aboyaient dessus, qui me donnaient des leçons. Puis après je me suis posé la question: est-ce que j'avais tout faux ? Mais avec le temps, non: j'avais pas tout faux. C'était peut-être une réaction animale: j'avais envie de dire la vérité. Maintenant, je me dis que c'est normal: il faut en parler.

Est-ce que le H, le cannabis, c'est une drogue ?

C'est quoi une drogue ? Fumer une cigarette, c'est une drogue. Se réveiller tous les matins pour essayer de gagner un peu plus d'argent, c'est une drogue. Mais ça, c'est débile! Mais fumer pour discuter, partager des sentiments avec quelqu'un... Ouais, alors c'est une drogue... Mais il y a vraiment d'autres problèmes avant de parler de la drogue, avant de mettre des gens au trou parce qu'ils fument! Il y a quand même d'autres choses à voir. Vraiment. Parce qu'il y a des gens qui veulent du bien, qui sont là-dedans, et c'est vraiment dommage.

Vous, vous avez toujours fumé du H comme vous fumiez une cigarette ?

Moi, j'ai fumé beaucoup pendant une période. Une période où je travaillais beaucoup et tout allait très vite et pour moi. Dans ce rythme, je n'avais pas de technique pour avoir un "break" et fumer c'était le moyen facile d'avoir ce moyen de méditer, de savoir un peu ce que je faisais. Quand je fumais, j'étais tout d'un coup dans un état de relaxation totale et là, je pouvais faire le point. C'était une façon d'être à l'intérieur de moi-même. Alors que sinon, j'étais porté par le courant du travail, du boulot, des pressions extérieures. Là, c'était un moyen d'être à nouveau à l'intérieur. Et puis, il y a quelques années, j'ai découvert le yoga, et ça m'a donné les mêmes satisfactions de manière plus naturelle.

Est-ce que pour vous, il y avait aussi quelque chose de culturel? Parce qu'on fume assez facilement en Afrique, en Jamaïque, et vous, comme vous êtes à cheval entre deux cultures...

C'est une façon de vivre. C'est une façon de voir la vie. On a pas le droit de dire à une personne: "Ne te relaxe pas". Pourquoi, de quel droit, quelqu'un, tout à coup, arrive et dit: "Toi, tu es un hors-la-loi!" - Qu'est-ce que j'ai fait ? C'est ridicule ! C'est complètement ridicule ! Et le problème, c'est que les gens font l'amalgame et les gens qui font les lois font le raccourci stupide, qui n'a aucun sens, de dire que quand on fume de l'herbe on passe à la cocaïne et que quand on prend de la cocaïne on passe à l'héroïne. Ça n'a rien à voir! Il y a des gens qui prennent de la cocaïne et qui n'ont jamais touché à l'herbe et vice-versa. Ça n'a rien à voir: ce sont des produits qui sont complètement différents. Je me souviens, quand j'avais parlé de l'herbe et de mes expériences, le courrier que j'avais reçu: les gens m'insultaient! Vraiment la haine, quoi. Et je me suis rendu compte qu'en fait les gens ne savaient pas ce qui se passait, ne comprenaient pas la différence. Aucune éducation, aucune connaissance des différentes drogues. La drogue, c'est un problème, vraiment, pour des jeunes dans une société où ils s'emmerdent, et à travers les drogues ils deviennent plus agressifs, plus cons. Et ça, il faut arrêter.

Vous trouvez qu'on devrait plus éduquer, plus en parler aux enfants ?

Bien sur, c'est la meilleure façon de les protéger! Il faut éduquer les enfants, parce que, de toutes façons, tous ces produits, ils les auront, alors vaut mieux qu'on soit là, vaut mieux qu'on les éduque d'abord, vaut mieux qu'on en parle aux gosses. Mes enfants ont sept et huit ans et c'est pas encore le problème, mais ça passe vite. A douze, treize ans, il y aura à l'école un garçon ou une fille qui va leur proposer de fumer. Je veux pas qu'ils découvrent ça par accident. On en parlera avant. Je voudrais anticiper ça, par amour. D'abord, parce que je sais que c'est pas dangereux, et deuxièmement parce que je veux les préserver. Je ne veux surtout pas que des gens qui prétendent connaître le problème viennent leur parler de "la fumette" ou "l'herbe" ou "le H" comme quelque chose de diabolique. Et puis j'espère que je les aurai suffisamment bien éduqué pour que le jour où il y a vraiment quelque chose de délicat, ils viennent m'en parler. Je ne me leurre pas:peut-être qu'ils goûteront à tout. J'en sais rien: peut-être pas, peut-être que oui. Mais je préfère qu'ils le refusent par intelligence, plutôt que de dire non par ignorance et puis "mechant pas beau, ça doit être bien ce truc là". Non. Qu'ils goûtent ! Qu'ils voient ce que c'est de se réveiller le matin quand t'as de la Celebre Cola, que t'en peux plus, que la vie tu la déteste ! Non, il faut l'aimer la vie. Moi, j'apprends à mes gosses à aimer la vie. On a celle-là à vivre: qu'on la vive bien, à fond. Et les autres gosses devraient faire de même. Faudrait que ce soit possible. Être obligés de faire l'éducation en cachette, c'est tellement idiot !

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