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Rina

La Bioponie

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Rina    458
Rina

La bioponie est un hybride étrange  – Par William Texier – GHE

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La bioponie est un hybride étrange ; c’est la rencontre entre la culture hydroponique et la culture biologique, deux manières de cultiver des plantes qui sont diamétralement opposées. Comme vous le savez probablement déjà, l’hydroponie consiste à cultiver des plantes dans un substrat neutre, ou bien avec leurs racines nues baignant dans une solution nutritive. A l’inverse, la culture biologique place la terre comme première source de nutrition pour les plantes ; l’idée étant de conserver un sol riche et sain, avec des matières organiques se décomposant continuellement pour maintenir un apport constant de nutriments. Au niveau racinaire ces deux environnements sont très différents. J’ai réussi à combler cette différence en 2005, lorsque j’ai fais breveter la « bioponie », c’est à dire l’utilisation d’un engrais reconnu par la réglementation européenne sur l’agriculture biologique, BioSevia, dans une solution hydroponique, avec un substrat bien sûr, mais aussi racines nues. Depuis lors, il est possible de cultiver des plantes de manière biologique, en utilisant la culture hydroponique.

Maintenant, pour ceux d’entre vous qui n’aurait pas de notions claires sur le sujet, laissez-moi expliquer, brièvement, les principales différences entre unengrais biologique et un engrais minéral.
Sachez tout d’abord que les minéraux, source de la nourriture absorbée par la plante, sont exactement les mêmes dans les deux cas, mais la forme sous laquelle ils se présentent est très différente selon qu’ils se trouvent dans le sol ou dans la solution nutritive. Quand un sel minéral est dissout dans l’eau, il l’est sous la forme d’un ion (un élément pourvu d’une charge électrique) directement assimilable par la plante. Dans un engrais organique ce minéral est « complexé » ce qui signifie qu’il se trouve à l’intérieur d’une molécule organique. Pour que le sel minéral soit libéré et assimilable par la plante, la molécule organique doit être décomposée par l’action de bactéries ou de champignons qui la réduisent en plus petits composants, libérant ainsi les minéraux sous forme d’ions que la plante peut assimiler. Ce processus de décomposition est opéré dans le sol par une multitude de micro-organismes qui s’y trouvent en permanence. Les plantes complètent leur régime en absorbant des minéraux issus de la décomposition de roches, elles aussi dissoutes par l’eau, sous forme d’ions. Donc, pour reproduire la nature, il faut utiliser ces deux sources de nourriture : de la poudre de roche naturelle et des éléments organiques non soumis aux traitements chimiques. Lorsqu’on ajoute un élément organique comme seule source d’alimentation, même liquide, on doit reproduire le même processus qu’en terre, c’est à dire la décomposition des molécules. En d’autres termes il faut introduire des organismes vivants dans le système ; plus de vie correspond à un niveau de complexité plus élevé pour vous, créateur de cette petite « biosphère ». En effet, les micro-organismes ne peuvent pas être contrôlés aussi facilement et précisément que tous les autres paramètres.

Donc vous avez besoin d’alliés : les micro-organismes. Comment faire ? On peut choisir de laisser la nature suivre son cours. Le processus se fera avec le temps puisque les micro-organismes sont toujours présents dans l’environnement (même sur et en nous). Ils sont dans l’air, dans l’eau, partout ; cette « vie » dans la solution nutritive n’a rien de nouveau. La décomposition sera lente et la plante pourrait souffrir en attendant la constitution d’une réserve de nutriments suffisante dans la solution. Il est donc préférable d’accélérer le processus en introduisant des trichoderma, une variété de champignons bénéfiques qui colonise les racines des plantes dans une relation mutuellement symbiotique. On les trouve dans les sols sains, mais ils vivent aussi très bien dans des substrats inertes. Ils sont très efficaces, faciles à trouver, et parfaitement abordables.

Les trichoderma sont des champignons et ils ont besoin de s’accrocher à quelque chose pour pouvoir s’installer. Si vous utilisez un substrat de fibres de coco ou un mélange comprenant de la fibre de coco (ou autre matériel organique), pas de soucis, ils vont le coloniser sans problème. Par contre si vous utilisez des billes d’argile, de la laine de roche, ou tout autre substrat minéral, vous allez avoir besoin de ce qu’on appelle un biofiltre. Ce n’est rien de bien mystérieux : juste un espace bien oxygéné contenant un substrat que les micro-organismes pourront coloniser. Vous trouverez ces biofiltres sous toutes les tailles et les formes dans des magasins d’aquariophilie ou sur internet. Ils sont habituellement placés sur les réservoirs. Une petite pompe aspire la solution du réservoir pour la faire circuler dans le biofiltre avant de retomber en cascade dans le réservoir. Cette circulation supplémentaire (en amont de la pompe principale) sera un apport supplémentaire d’oxygène bienvenu dans la solution nutritive pour nourrir les micro-organismes dans le filtre. Avec le temps d’autres micro-organismes bénéfiques coloniseront le biofiltre et la zone racinaire, permettant une dégradation des éléments nutritifs encore plus efficace.

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-       pH :

Même si le niveau de pH est moins critique que dans une solution nutritive minérale, vous devez le garder dans une fourchette où les racines comme les micro-organismes peuvent se développer : entre 5 et 7.
Le pH a tendance à augmenter, c’est un processus naturel. Rabaissez-le lentement pour éviter les chocs sur la micro flore. Les plantes aiment la stabilité, particulièrement dans la zone racinaire : en effet en terre le pH reste très stable. Pour abaisser le pH vous pouvez utiliser de l’acide citrique si vous souhaitez rester résolument bio, mais  un peu d’acide phosphorique n’altèrera ni le goût ni la qualité des récoltes. Evitez l’acide hydrochlorique et l’acide acétique (vinaigre), tous deux toxiques pour les plantes. Une chute brutale du pH est un signal d’alarme indiquant la mort subite d’un très grand nombre de micro-organismes. Dans ce cas il est indispensable de trouver la cause, la traiter, et recommencer avec une nouvelle solution et un nouveau stock de trichoderma.

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-       Electro conductivité
En bioponie vous devez garder un niveau d’électro-conductivité bien plus faible que dans une solution minérale par ce qu’aussi longtemps que les sels minéraux demeurent dans la molécule organique il ne seront pas détectables par le lecteur d’EC : il y a donc plus de nutriments dans la solution que le lecteur d’EC ne peut en indiquer.
Ne mettez pas trop d’engrais dans votre réservoir : une faible quantité durera longtemps puisque les nutriments seront progressivement libérés et mis à disposition de la plante. Malheureusement pour le fabricant, il n’est pas nécessaire d’utiliser beaucoup d’engrais pour avoir une belle récolte ! Débutez par un EC compris entre 0.6 et 0.7mS, ce qui correspond à environ 2ml d’engrais par litre. Augmentez l’EC doucement, sur une semaine, à 1mS. Ajoutez-en d’avantage seulement si la conductivité chute en dessous de 0.8mS. Mais ne dépassez pas 1mS.

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Une quantité trop importante d’éléments organiques dans le système peut être contre-productive, par exemple en bloquant la capacité d’absorption des racines. Cela semble facile, mais vous devez aussi faire attention à donner à vos plantes tout ce dont elles ont besoin. On détermine le moment idéal pour nourrir les plantes grâce à un examen visuel complet et attentif des racines, de la couleur et de la transparence de la solution nutritive, etc… La bioponie se contrôle autant par la vue que par l’EC et le pH, qui restent cependant des références essentielles. Un peu d’expérience est nécessaire pour trouver le bon dosage, mais la plupart des gens y arrivent dès la première tentative.

Température, humidité, CO2, lumière, ces autres paramètres de la culture en intérieur sont similaires, que l’on cultive en hydro ou en terre : les besoins basiques sont les mêmes. Votre système bioponique et vos engrais sont une seule pièce dans un puzzle complexe que vous devez assembler pour recréer des conditions environnementales favorables pour vos plantes. La bioponie ne participe qu’en partie au résultat final. Elle joue un rôle vital sur la qualité de la récolte, mais la quantité reste soumise à bien d’autres paramètres. Par exemple la bioponie ne compense pas un manque de lumière, un épuisement de CO2, ou une mauvaise génétique. L’humidité, facteur souvent négligé, joue aussi un rôle crucial sur la santé de la plante. En influençant le niveau de transpiration de la plante, le taux d’humidité relative agit également sur sa capacité à absorber de l’eau.

La plus grande ennemie de la bioponie est la chaleur, une ennemie commune aussi à l’hydroponie, mais dans le cas de la bioponie les conséquences sont différentes. Quand la solution nutritive se réchauffe, le nombre de micro-organismes et leur voracité augmentent énormément car leur métabolisme est accéléré par la chaleur. La quantité de nutriments relâchés dans la solution augmente donc aussi, ce qui a pour conséquence de faire exploser l’EC en un rien de temps, aussi vite que 24h, et de tuer les racines. C’est pourquoi il est sage de conserver un niveau d’EC bas quand on cultive en bioponie.

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La bioponie est un mode de culture très économique étant donné que la consommation d’eau et d’engrais représente une fraction de celle qui est nécessaire aux autres modes de culture : en terre on perd beaucoup d’eau dans le sol, et en hydroponie la plante développe une importante masse verte parfois bien inutile. La culture bioponique est basée sur le concept d’agriculture durable. Le but étant de donner moins d’azote à la plante et de faire pencher la balance en faveur de la floraison et la fructification, plutôt que de la croissance végétative qui peut être généreuse, mais au final ne sera qu’une addition à votre pile de compost. Il est également inutile de renouveler la solution régulièrement durant la culture, une fois toutes les 3 semaines ou tous les mois, sera suffisant. Cette solution nutritive ne doit pas être jetée, elle est réutilisable pour les plantes en terre ou en pot qui vont largement bénéficier des nutriments qui y sont présents ! Vous pouvez laisser la solution descendre à un niveau assez bas, afin de limiter le volume de solution à renouveler, par contre veillez à ne pas accumuler trop d’éléments organiques dans trop peu de solution.

En termes de qualité, les produits récoltés en bioponie ont le même goût et la même valeur nutritive que les meilleures récoltes issues de l’agriculture biologique en terre : il est impossible de les différencier. Elles sont même souvent meilleures par ce que la bioponie élimine certaines des barrières limitant la croissance de la plante. En bioponie la plante exprime pleinement son potentiel génétique et le choix des variétés que vous cultivez a une influence majeure sur le résultat final. En termes de quantité, le rendement est inférieur à celui obtenu avec des engrais minéraux, comme c’est aussi le cas en terre, mais l’un des avantages est que les roulements de production sont plus élevés qu’en terre, ce qui permet d’obtenir plus de récoltes par an en bioponie que dans la meilleure des terres biologiques.

La bioponie ajoute également le grand avantage que la haute concentration de vie microbienne se transforme rapidement en une formidable barrière contre les pathogènes. Les racines sont protégées efficacement par une grande armée d’organismes bénéfiques, et aucun pathogène ne peut se développer. Si vous veillez à bien les oxygéner, les racines restent saines et immunisées contre les attaques de maladies. Mais l’oxygène reste vraiment le mot clé, bien plus qu’en hydroponie traditionnelle, puisque tout en consomme dans vos systèmes : les racines comme les micro-organismes. Souvent il faut ajouter une pierre à oxygène puissante dans le réservoir principal pour garder la solution bien aérée. En hydroponie, la morphologie des racines est différente de celle en terre. En hydroponie, la plante développe ce que l’on appelle des racines d’eau, plus fines et plus fragiles que celles en terre. La bioponie crée des racines plus robustes, véritables hybrides entre terre et hydro. En réalisant des tests comparatifs sur la croissance entre hydroponie classique et bioponie, j’ai souvent été témoin du développement de maladies dans les racines en hydro minérale alors qu’aucune ne se développe en bioponie, y compris dans des systèmes côtes à côtes ou avec des plantes identiques. Les plantes issues de la bioponie sont plus petites que celles en hydroponie classique mais sont bien plus résistantes aux agressions de pathogènes racinaires.

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Depuis 2005, la bioponie a été adoptée par plusieurs cultivateurs, amateurs ou professionnels, le plus souvent avec succès, et j’ai beaucoup appris sur cette nouvelle technique grâce à leurs commentaires. Dans notre serre de recherche nous utilisons encore des engrais minéraux pour un certain nombre de nos recherches, mais nous avons toujours un système qui tourne en bioponie, et ce de plus en plus. C’est un tel plaisir de regarder les plantes grandir en pleine santé et aussi rapidement ! Essayez ! Je suis sûr que vous ne verrez plus l’hydroponie (et la culture en terre) de la même façon après ça !

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cypriens    286
cypriens

Bonjour

 

Désolé de déterrer mais le sujet me plait et j'ai besoin d'explications svp

j'ai compris qu'il faut des bactérie (trichoderma) pour dégrader les matiere organique

Qu'il faut de l’oxygène et un support pour que les bactéries s'y développent

 

----> ma question porte sur la matière organique a mettre dans le système

 

  1. Est ce que nous devons apporter de la MO suivant le stade de la plante ?  c'est a dire, si elle est en croissance mettre tout type de MO azoté
  2. J'ai lu qu'il fallais des roches écrasées...qu'elles sont ses roches ?

Merci pour vos retours et encore desolé du deterrage, je ne voulais pas recréer un topic

 

 

 

 

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